Un wargame novateur, simple, réaliste, en une heure.

sur Saladin
8,0
Saladin est le premier wargame d’une série permettant de jouer deux batailles par opus, à deux joueurs, en un temps relativement court et à l’aide un système de jeu épuré.

J’ignore s’il existe un vrai lien de parenté, mais le jeu se situe un peu dans la lignée des wargames édités par Worthington Games depuis quelques années, indiquant la disposition possible des troupes via des zones pré imprimées sur le plateau de jeu, avec des unités représentées par des rectangles en bois. Ici les possibilités de mouvement sont réduites, contraintes, mais permettent en contre partie de privilégier les choix et décisions à prendre plutôt que le micro management du mouvement des troupes.

La plus grosse originalité du jeu consiste selon moi en la diminution, tour après tour, et au fur et à mesure des pertes subies, du nombre de points d’ordre disponibles afin d’ effectuer les différentes actions possibles de chaque unité. La conséquence est qu’en début de bataille, on a les moyens de planifier des ordres complexes et coûteux, mais qu’au fur et à mesure que la partie avance, quand le moral commence à flancher et la cohésion laisse à désirer, on va se retrouver à dépenser ses ordres pour éviter le chaos, la débandade ou les charges incontrôlées de sa cavalerie croisée. On se retrouve ainsi avec des unités « vivantes », qui n’obéiront au doigt et à l’œil que tant que le moral et la cohésion seront au rendez-vous, et que vous ferez le nécessaire pour les commander. On assiste ainsi à deux points de bascule dans le jeu: un premier quand on doit commencer à faire des choix cornéliens, moins ambitieux, pour (re)tenir ses troupes, et où on cible vraiment quelles unités vont bénéficier d’ordres plus couteux, et un deuxième qui mène à la dislocation de votre armée, où des unités ne vous obéissent plus et agissent à leur guise, avec une « course » contre l’adversaire pour se maintenir plus longtemps que lui en bon ordre sur le champ de bataille.

Le jeu est très asymétrique mais reste équilibré entre les deux factions.

A noter que le système d’ordre, s’il peut sembler restrictif, permet néanmoins des manœuvres parfois complexes à rendre dans certains wargames, comme par exemple la possibilité, si on en a les moyens, de faire se replier en bon ordre sa cavalerie enlisée au corps à corps pour relancer une nouvelle charge et maximiser les dégâts dus au choc (ne vous emballez pas, ça n’arrivera pas souvent dans la partie, mais vous serez heureux quand vous y parviendrez).

Les unités ont un nombre d’ordres limités, mais qui permet selon moi de conserver une cohérence historique et un bon degré de réalisme. De plus le système de jeu a prévu la possibilité dans certains cas d’agir en réaction de l’adversaire via des esquives ou interception. Cela donne un tempo très particulier au jeu. On joue en alterné, une unité après l’autre, mais on agit également en réaction de ce que peut faire l’adversaire. Un exemple simple: inutile de charger pour le moment, je vais retenir ma cavalerie, laisser mon adversaire me harceler ou faire de l’escarmouche, pour lancer la charge quand il ne pourra plus esquiver. A noter qu’il est possible d’activer une unité plusieurs fois par tour, une unité « dépensée » a encore certaines possibilités d’action et ne reste pas une unité « morte » sur le plateau (même si bien souvent, le système d’ordre ne vous permettra de multiples activations que durant les premiers tours de jeu).

Les deux batailles proposées ici sont très différentes et permettent, par quelques ajouts de règles, ordres et leaders spécifiques, d’ajouter du chrome et de coller aux évènements simulés. Le déploiement, le déroulé, et le rendu de ces batailles sera différent. J’apprécie là encore la qualité d’un système qui permet de gérer des effets complexes de manière simple. On apprend, véritablement, on découvre, pour ceux qui comme moi connaissent mal ces batailles, leur déroulé, leur particularité, leur originalité.

En conclusion : j’ai beaucoup aimé ! En synthèse de ses qualités : rendu crédible, thématique très présente, beau matériel, règles épurées, pas de nuées de marqueur sur le plateau de jeu, parties rapides, prend peu de place !

Quelques remarques cependant :

Le jeu reste un wargame, sur le fond comme sur la forme, et même s’il est très accessible dans ses règles, il ne conviendra pas aux gens qui sont allergiques au genre. On parle ici de recréer une bataille en mode carte d’état major, avec des mécanismes qui visent à rendre compte du déroulement d’une bataille, ni plus ni moins.

Le jeu dispose d’un certain niveau d’abstraction qu’il faut accepter, même si ça reste très crédible selon moi au niveau du rendu.

Si vous cherchez des possibilités fantaisistes, vous n’en aurez pas ici. Votre cavalerie sur l’aile droite attaquera, comme historiquement, à droite. Vos troupes de réserve serviront de réserve, vos unités de tir ne feront pas de charge au corps à corps, etc…

Enfin concernant la rejouabilité, oui, une bataille est parfaitement rejouable et pourra donner des résultats très différents. Cependant, ne demandons pas à ce jeu plus qu’il n’a à en offrir, pour un prix assez contenu, vous ne rejouerez pas vingt fois la même bataille contre le même adversaire.

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